Y a-t-il urgence à faire des stocks ?
Oui, ce titre est un peu provocateur…
J’ai commencé à travailler en 1978, lorsque le mot logistique n’existait pas encore dans l’industrie française, alors que je m’y intéressais déjà.
Dès que la logistique a hissé son (modeste) pavillon en haut des cheminées des usines, c’était pour faire réduire les stocks.
En 80, c’était la crise (déjà).
Ou du moins le choc des japonais et celui de l’inflation après le choc pétrolier (aussi). Les taux d’intérêt étaient dans les 14%… Et les Japonais scandaient le slogan du stock zéro, du stock zéro…
En logistique plus qu’ailleurs, il faut du bon sens, et savoir le garder.
Optimiser, c’est manier l’art du possible, être audacieux sans être téméraire, savoir marier la carpe et le lapin.
A l’époque, je me disais que le stock zéro était un objectif parce que, du stock, il y en avait forcément sur les lignes de production, au moins en stock d’en-cours, histoire de produire quelque chose… Mais je réduisais quand même férocement les stocks, par tous les moyens (informatisation, gestion, tension des flux, réapprovisionnement continu, etc…), et souvent en innovant (logiciels qui sont devenus des progiciels, développements de moyens électroniques…).
Depuis dix ans, il m’arrive de dire à des clients : « mais pourquoi n’auriez-vous pas un peu plus de stock ? ».
Mon excuse serait-elle que les iconoclastes sont souvent en avance sur la mode future ?
Je n’ai pas besoin d’excuse : si une entreprise a de la place pour stocker, et qu’elle ne supporte que le coût financier du stock, aujourd’hui voisin de 4%, elle serait bête de perdre de fortes sommes parce qu’elle a des ruptures de livraisons clients (pénalités de 10% de la valeur du produit, dans certains domaines).
Bien sûr, il ne s’agit pas de stocker à tout va.
Mon augmentation de stock ne concerne que les matières et produits que l’on est sûr de vendre (méfions-nous des obsolescences), par exemple, et il faut être sûr que, en face, il y a des gains substantiels à la clef.
A titre d’exemple, car il risque d’y avoir des sceptiques…
Il y a une dizaine d’années, une grande entreprise a identifié qu’en stockant ses produits difficiles à transporter plus près des zones de chalandise (au niveau mondial), elle augmentait ses ventes de… 20 %, parce qu’elle réapprovisionnait les magasins en trois jours en moyenne, au lieu de plus de trois semaines. Et les produits, souvent volumineux, coûtaient cher à acheminer par avion… Evidemment, cela l’obligeait à fractionner ses stocks, et à augmenter leur niveau. Et il fallait payer le loyer de nouveaux magasins, sans pouvoir toucher aux existants. Mais la décision fut vite prise.
Aujourd’hui, des clients me demandent de leur concevoir et réaliser une plate-forme logistique pour environ 10.000 palettes, leur objectif 2017-2020, alors qu’ils en ont actuellement 3.000 en stock. Lorsqu’ils emménageront, ils en auront sans doute environ 4.000 (oui, il y a des activités en pleine croissance). Je parie que le reste du magasin sera vite rempli, parce que avec les hausses de prix sur les composants de leurs articles, ils ont intérêt à faire ce que l’on appelle du stock « de spéculation » (sur les produits qui tournent vraiment), pour payer moins cher en achetant plus tôt, et avoir ensuite un avantage concurrentiel en terme de prix, ou augmenter leurs marges (et payer avec une partie du bâtiment !).
(NB : pour information, la conception, en utilisant l’analyse de la valeur, a permis de réduire le coût prévu pour le bâtiment d’au moins 20%).
Demain, on va se rendre compte que les délais de livraison vont s’allonger en Chine.
En fait, c’est déjà commencé : la tension sur la main-d’œuvre sur la côte est (on agit vite là-bas, mais les délocalisations vers l’intérieur ne se font pas en un jour), la croissance interne du pays, les tensions sur les approvisionnements en matières premières et les augmentations de prix, tout cela va pousser à avoir un flux export plus difficile, plus cher, plus irrégulier.
Déjà maintenant, ce sont les plus gros clients qui passent d’abord : leurs séries sont plus longues, on change moins souvent d’outils, on gagne donc plus. Et c’est peu dire que les Chinois sont hyper-motivés par l’appât du gain…
Si les délais de livraison s’allongent, les stocks augmentent (surtout si les délais sont plus irréguliers). Et en plus forte proportion que le délai (à cause de l’irrégularité). Il va donc falloir stocker parce que, en Europe, on travaille en flux tendu, et on consomme en supportant mal les ruptures (on zappe chez un autre ou on veut payer moins cher).
Et, me direz-vous, la réduction des stocks, on l’abandonne ? On l’enterre ?
Mais non… Tout ceci n’empêche pas de chercher à réduire les stocks… Ne serait-ce que pour essayer, au moins, de les maintenir à leur niveau actuel !
PS : Ceci vaut aussi pour les investissements !… Faut-il stocker son futur stockage ?
Si, par exemple, en ce début 2011, vous avez un projet de stockage, achetez assez vite votre rayonnage, quitte à vous le faire livrer un an plus tard, vous risquez… d’économiser environ 20% de son prix. Le marché flambe, et tous les fournisseurs n’ont pas encore répercuté totalement les facteurs de hausse (acier, énergie…).









12 Commentaires
Expérience intéressante, merci de la partager.
Il n’y a effectivement pas selon moi de situation « tout blanc » ou « tout noir » en matière de strategie de stockage. Tout est question d’équilibre entre service client (sans faire de sur-qualité sur les délais de livraison) et couts.
Je suis l’auteur de l’article. Vous avez raison, et la difficulté est de donner une juste valeur au service client (notion plus qualitative), à mettre en face du coût de stock. Ceci étant, en outre, il y a d’autres cas où la question se pose, surtout si on dispose de place, vu les bas taux d’intérêt! Je profite aussi de ceci pour ajouter que la pratique visant à descendre les stocks en fin de mois et en fin d’exercice, pour des motifs comptables de peu d’impact réel, constitue un risque de plus en plus fort, car les délais fournisseurs s’allongent pour les réappros de Chine, par exemple. A ce titre, les paiements « fin de mois » devraient être interdits.
bjr bernard
pas de nouvelles depuis de nouveau quelques années…;quid ?
patrick
Article intéressant et quelque part rassurant. Le taux de change Euro/Dollar est également un facteur non négligeable à prendre en compte.
Par contre, je ne parviens pas à voir de secteur d’activité ou une entreprise stockant actuellement 3000 palettes à l’audace de tabler sur 3 à 4 fois plus de stocks d’ici 6 à 9 ans…
her Patrick
je n’ai pas ton e-mail
j’ai ton tel mais je suis en Géorgie et bientôt en Armenie
Je reviens le 12 juin.
Cela fait effectivement plusieurs fois que je voulais t’appeler pour se revoir mais j’ai été un peu débordé depuis début 2001 et ai voyagé 7 mais en 2010.
Bon, cela va faire curieux sur le blog, tout çà… un emploi auquel l’IFG n’avait sans doute pas pensé.
vraiment j’apprécie l’analise que tu as fait du gestion de stock et j’aimerai étre en contact direct avec toi pourquoi t’inviter à venir au senegal je travaille dans une grande société automobile (la senegalaise de l’automobile) rentre dans notre site et visite la société à tres bientôt.
Cela fait longtemps que je souhaite aller au Sénégal (j’ai visité 104 pays mais pas le Sénégal…). Je pensais y aller vers le mois d’octobre-novembre de cette année. Je vais voir le site. Mon mail est bhe.3a@hotmail.fr
Le site est très intéressant, et montre bien le dynamisme de l’entreprise.
Avec 20.000 références de pièces détachées, et a priori plusieurs magasins de stockage pour les différents pays, plus les stocks de véhicules (neufs, occasion, location), vous devez rencontrer sans doute quelques problèmes!
Merci de me les indiquer.
je recherche un cours complet de la gestion des stock
cours sur la théorie des jeux
Pour la théorie des jeux, je n’ai pas de cours à conseiller. pour la gestion des stocks, l’IFG a des modules qui couvrent ce domaine. Toutefois, il faut que vous précisiez ce que vous souhaitez: s’agit-il de la gestion du niveau des stocks? Pour des approvisionnements, des produits finis, des en-cours, ou les trois à la fois? S’agit-il de la localisation des stocks, qui impacte leur niveau? Ou des relations clients-fournisseurs, et de leur interactivité, du mode de gestion des stocks décidé en commun, de leur informatisation? Ou de l’ensemble d’une chaîne (ou d’une sous-chaîne) logistique? Enfin, de quel type de produit s’agit-il (contraintes de température, de traçabilité, de péremption, etc… ? Le sujet peut être abordé, dans sa généralité, lors d’une formation de 2 à 3 jours. puis il peut être ensuite précisé selon les particularités des produits à gérer, et de leur chaîne logistique (en appro comme en distribution). Ces spécificités, ainsi que les problèmes concrets rencontrés dans votre entreprise, peuvent être traités lors de la formation. En outre, les problèmes et apports des autres stagiares (3 à 5), permettent d’élargir le champ des sujets traotés, tout en restant pragmatique, concret, et efficace. Bien sûr, il est aussi possible de faire, pour plusieurs personnes d’une même entreprise (3 au moins), une formation sur mesure.
N’hésitez pas à me préciser votre besoin.
je voudrais avoir une eetude de cas pratique sur la stratégie de l’organisation de gestion de stock d’une entreprise d’exportation de materiels industriels